2008 = Leucémie

>> mercredi 11 mars 2009

Nous sommes arrivés en janvier 2008. La vie a suivi son cours, malgré les obstacles rencontrés. Je suis en préparation du spectacle "Les moutons bleus" à l’Opéra de Lausanne. Le soir de la générale, juste après la répétition, je reçois un appel de mon médecin. Il est inquiet, car les analyses du sang, effectuées lors d’un examen de routine fait le matin même, révèlent un nombre de plaquettes (les cellules aidant à la coagulation) anormalement bas. Là j’entends le dicton "Jamais 2 sans 3" résonner dans ma tête.
Il me demande de me rendre dans son cabinet le lendemain pour procéder à… vous ne devinerez jamais… une ponction de moelle. Elles me manquaient celles-là, tiens.Une semaine d’attente des résultats va s’écouler. Je retrouve enfin mon médecin, qui m’annonce que ma moelle contient 15% de cellules anormales. J’ai une leucémie. Tadaaaaa…
Il s’agit maintenant de trouver un traitement adéquat. Pour cela, mon médecin prend contact avec les médecins de l’Hôpital Universitaire de Genève et ensemble, ils se mettent d’accord pour le traitement suivant: une cure de chimiothérapie bien corsée, suivie d’une greffe de moelle. Ok.
Mais petit détail important, il faut me trouver un donneur de moelle, car cette fois, je ne peux pas m’autogreffer comme pour le lymphome. Contrairement à ce qu’on peut penser, le groupe sanguin ne joue absolument aucun rôle pour ce type de greffe. C’est au niveau génétique que ça se joue, ce qui restreint énormément le nombre de donneurs potentiels. Il faut donc trouver quelqu’un possédant certaines caractéristiques génétiques identiques aux miennes. Heureusement, mes parents ont eu la bonne idée de me donner un grand frère et une petite sœur. Chacun d’eux a une chance sur 4 d’être 100% compatible avec moi. Et sur ce coup-là, je peux dire que j’ai de la chance, car il s’est avéré que mon frère avait le bon bagage génétique.
Je rentre donc à la mi-février à l’hôpital, pour 3 semaines non-stop, confiné en chambre d’isolement, car la chimiothérapie anéantit totalement mes défenses immunitaires, ce qui me rend vulnérable au moindre microbe. Je peux vous dire, que rester enfermé pendant 3 semaines dans une chambre, sans pouvoir en sortir du tout, c’est long… Heureusement pour moi, je supporte le traitement comme jamais. Pas de nausées, pas de perte de goût et même pas de chute des cheveux. Une promenade de santé par rapport aux autres fois. A croire que mon corps s’est habitué à tous ces traitements de choc.
Après ces 3 semaines, je peux rentrer chez moi. Le problème, c’est que l’Hôpital de Genève, là où je me ferai greffer, ne dispose pas de chambre de libre pour le moment et de peur que la maladie ne se développe en attendant, on me renvoie pour 3 semaines supplémentaires en chambre d’isolement pour une nouvelle cure de chimio. Merci, j’en demandais pas tant. Toujours est-il, qu’après ce nouveau séjour hospitalier, je peux enfin me rendre à Genève.
Je passerai ma première semaine à faire toute sorte d’examens préparatoires, afin de vérifier que mon corps est prêt à recevoir la moelle de mon frère. S’en suivra une semaine de chimiothérapie puis finalement, le 5 mai (2 jours après mon anniversaire), je reçois enfin ma nouvelle moelle. Je n’ai plus qu’à attendre patiemment qu’elle prenne, en chambre d’isolement, et ce pendant 3 nouvelles semaines. Enfin, le 30 mai, je peux rentrer chez moi, confiant que tout a bien marché, que j’ai à nouveau gagné et que je peux reprendre ma marche en avant… Que nenni…
Pendant les mois qui vont suivre, ma quantité de globules rouges et de plaquettes ne cessent de se casser la figure. Les médecins pensent que c’est normal, car la nouvelle moelle prend son temps pour se régénérer et produire en quantité suffisante mes cellules sanguines. Je me fais donc transfuser toutes les semaines plusieurs poches de sang, pour avoir des valeurs acceptables. Mais voilà, on arrive au mois de novembre 2008 et rien de change. Mes valeurs ne se stabilisent pas du tout. Mon médecin décide alors de pratiquer à nouveau une ponction de moelle, pour voir où elle en est. Le résultat est sans appel et doublement inquiétant: non seulement, ma moelle est quasi inexistante, mais en plus, pour ce qu’il y en a, elle est composée de 70% de cellules anormales. On est bien loin des 15% du début, qui étaient déjà un bien mauvais résultat.
On fait quoi docteur ? Alors là, mon médecin n’y va pas par quatre chemins. Mes chances de m’en sortir sont faibles. Alors soit je décide de laisser tomber et je profite des quelques mois qui me restent, soit je tente une nouvelle cure de chimio, en espérant qu’elle réussisse à liquider les cellules malades. Au début, j’avoue avoir opté pour la première option, mais je demande à mon médecin de me laisser une semaine pour bien réfléchir. Finalement, après en avoir parlé autour de moi, je décide de me relancer dans l’arène. Et c’est ainsi, qu’au début du mois de novembre je rentre à l’hôpital pour le combat de la dernière chance. J’y resterai une petite semaine, puis rentrerai chez moi, même si mes défenses immunitaires sont inexistantes. Je dois juste faire attention de ne pas sortir dans les lieux publics et d’éviter tout contact avec des gens ayant le moindre rhume.
Quelques jours plus tard, je repasse par la case ponction de moelle, pour vérifier le résultat de la chimio. Miracle: moelle quasiment inexistante, mais il n’y a plus de cellules malades. Mieux encore, mes valeurs sanguines se stabilisent enfin et je n’ai plus besoin de transfusions. Il était temps.
Janvier 2009, il reste une étape à accomplir: me redonner des cellules de mon frère pour repeupler ma moelle, en espérant que cela fonctionne comme il se doit cette fois-ci. Croisons les doigts.
Voilà. Au moment où je poste cet article, nous sommes en mars 2009. Pour l’instant rien de nouveau. Mes résultats d’analyse restent acceptables, mais j’avoue que la peur que ma leucémie revienne est toujours bien présente. Je reste néanmoins optimiste et j’écris quand même:

Leandro 3 : 0 Cancer


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3 commentaires:

Anonyme 11 mars 2009 à 21:47  

Salut Leandro!
Je ne sais pas si tu te souviens de moi: j'étais une des "bergères-habilleuse" sur les moutons bleus, à Lôz et à Vevey...
J'aimerai te dire que je suis très touchée par ton histoire, d'autant plus que ma mère est une combattante comme toi, elle en est à sa quatrième chimio en moins de deux ans. Mais elle a un moral et une pêche incroyable, et est bien décidée à en finir une fois pour toute avec ce putain de crabe.

Tu as bien raison de partir à Paris réaliser ton rêve, ce sera le meilleur traitement que tu puisses avoir!
Je te souhaite plein de succès, mais s'il te plaît: ne prend pas trop l'accent parisien quand-même!!!

:o)
Marie Paule

Anonyme 12 mars 2009 à 11:14  

j'ai tremblé d'émotion tout au long de ton récit, quand on a un proche malade on sait ce que c'est que de vivre dans la peur, peur d'un mauvais résultat; on sait ce que c'est que d'être pendu aux lèvres des médecins, à écouter leur mots qui changeront tout de notre vie, de notre moral; pour tout ceci je souhaite te dire bravo d'être toujours plein de projets et de regarder en avant.

Anonyme 12 mars 2009 à 20:46  

Ouais ouais, tu t'es bien battu, j'avoue! Mais faut pas nous oublier, on a bien fait notre boulot nous aussi! :-)

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